Thavius Beck – Thru



Des compositions







Thavius Beck. Pour beaucoup, il est l’homme (sous le pseudo « Adlib » ) qui a travaillé avec Subtitle, pour pondre l’incroyable « Zwarte Achtegrond », disque de Hiphop apocalyptique, hallucinant, sans comparaison, excepté (et encore) le « Absence » de Dälek. C’est aussi un producteur dans l’ombre, mis en lumière notamment sur le « Fear Of The Black Tangeant » de Busdriver ou pour son compère Saul Williams. Mais l’artiste cumulant autant de cheveux que tous les Jackson Five réunis a aussi pondu un album sans concession, « Décomposition », effrayant par sa densité et sa noirceur. La pochette elle-même pouvait repousser les moins téméraires. « Décomposition » impressionnait, intriguait, étouffait. Mais il pouvait aussi fatiguer par des ténèbres tellement présentes qu’elles pouvaient en devenir factices sur certains titres.
La pochette de Thru, dernier album en date, annonce la couleur clairement : Le tunnel, oppressant, crade, est toujours là. Mais la lumière, perlant au bout, n’est pas loin. Grand bien lui fasse.












Cela semblera incongru pour la majorité, mais cette photo m’hypnotise. Elle invite à rentrer dans le monde de Thavius Beck, tout en montrant clairement qu’il faut absolument se diriger vers la sortie, partir en courant de ce gouffre de béton. Elle sublime le concept, tout en offrant une dualité étonnante, profonde, qui se retrouve sans conteste dans sa musique. Avec en prime les paroles des morceaux ou Thavius Beck et ses invités vont prendre le micro… (Un bon tiers des titres environs…)







Apres une bonne intro mettant dans le bain, He’s Back donne le là avec ses nappes de synthés sublimes, aériennes, pilonnées par des basses sourdes et des handclaps de rigueur. Très beau, il montre des les premières minutes que le disque ne va pas s’engluer dans une redite de Décomposition, gouffre sonore sans issue. Cela ne respire pas la joie certes, mais passer un morceau de Thavius Beck ne provoquera plus de suicide en chaîne ou de crise de paranoïa aigue. Et justement, quand ce dernier prend le micro (trop rarement malheureusement) on reste tous sur le cul. Sur Reaching, il crache son flow ultra-grave, d’une rapidité parfaite pour caresser nos oreilles tout en les laissant à la rue. Le rythme est concassé, s’enroulant sur lui-même, giclant à chaque intervalle laissé par une syllabe trop aventureuse. Enorme titre.

Toujours dans les performances vocales, on est obligé de s’agenouiller devant Dedicated To Difficulty où 2Mex nous tabasse, nous viole littéralement le cerveau avec un refrain déclamé jusqu’à l’étouffement, poignant, rageur, emplie d’une tristesse facilement décelable devant cette assurance presque trop friable. 2mex est impérial sur ce titre, et Thavius Beck habille le tout avec de multiples strates de synthés sublimant la force presque émotionnelle du tout.

98 fera aussi dans le morceau tirant sur la corde sensible, enlevant tout le coté « bourrasque » de celui décrit si dessus, avec un feat d’un certain NoCanDo, pour un morceau hip-hop tout à fait classique. Instrue légère avec Handclap en première ligne, on ne croyait presque pas avoir posé les pieds dans un disque de T.Beck, si les synthés crades ne venaient pas chahuter un peu le tout. Le rappeur d’un jour y égrène ses souvenirs sans pause aucune, pour un morceau qui ferait presque lumière-au-fond-du-tunnel, déchargé de toute atmosphère oppressante.











Ce qui n’est pas le cas de la majorité des titres instrumentaux, comme l’épileptique Under Pressure, où piano flirte avec un Break Core qui aurait troqué ses basses lourdes contre des chants fantomatiques foutant les creeps, ou le grandiloquent The Storm Before the Calm, qui fera tonner violons, simili-orgues et cuivres pour tenter de batailler avec une rythmique appuyée en diable. Impressionnant, contrairement à un Perpetual Pursuit qui, même s’il n’est pas dénué de charme, aurait pu se tailler une place sur le générique des Camions de L’angoisse. Dommage, certains passages valent drôlement le coup d’oreille.

Thavius Beck touchera bien plus directement ses auditeurs quand il se la joue simple, plus direct et au final plus authentique. Yet & Still… est un modèle du genre, un petit bijoux comme l’on n’en croise que trop peu. Il aurait pu être relégué au rang de simple interlude par un musicien de seconde zone en manque de plage pour sortir sa galette, mais là, c’est juste miraculeux. Rien de bien sorcier pourtant : Un sample de violon vieillot à vous dresser les poils du cul et un beat industriel ultra-massif, laminant le paysage comme le pied d’un colosse. Rien d’autre. Le titre va mourir petit à petit, laissant le sample s’éteindre avec anxiété après s’être fait autant secouer de la sorte.

Down laissera un piano funèbre, mais sublime, se faire bastonner par des beats préciset des samples de bris de verres, alors que la voix de Mia Doi Todd, presque abstraite, flottant derrière ce marasme des dieux, terminer de sublimer le tout. On penserait presque Au « Chante Del Pilon » d’Alif Tree revisité par un Debussy dépressif.


Histoire de bien enfoncer le clou, le roi Saul williams posera sur un morceau bien âpre, Lyrical Gunplay, avant que Thavius Beck ne reprenne (enfin) le micro pour clore l’album sur une instrue encore pleine d’aspérités. Reste que le maître des lieux assure comme un dingue, et il va réellement falloir que le monsieur pose sur la majorité de ses morceaux au lieu de se cacher derrière ses machines, tant l’entendre est un vrai bonheur. Une piste secrète viendra remettre une chape de plomb avec un chant littéralement cadavérique, trébuchant sur un piano résonnant sur un lit de saturations sourdes et graves…












Thru pourrait être un très bon album de Abstract Hip-hop électronique, que l’on croirait frère Américain du « Cluster Ville » des français Abstrackt Keal Agram. Mais il est plus que ça. Enfin non. Moins que ça. Parce que si Thru est un grand disque, nébuleux, sombre, profond et pourtant lumineux sur certaines de ses courbes, il est aussi profondément incomplet. Et pourtant suffisant. Cela en devient presque fascinant.

Les titres sont tous concis, courts, presque brefs. Des perles sublimes comme He’s Back, Down ou Yet And Still… ne s’étendront même pas sur plus de trois minutes…
Même constat sur les morceaux vocaux… La majorité des titres ne contiennent même pas de refrain, à l’exception de Dedicated To Difficulty ou le feat de Saul Williams. Pour meilleur exemple, les morceau ou Thavius Beck himself apparaît : Il arrive, balance un couplet à la vitesse de la lumière et repart comme il est venu, brusquement.
Extrêmement frustrant, mais aussi clairement atypique, les morceaux arrivent pourtant, sans aucune exception, à être complets, à exister par eux même. Un tour de force vu leur construction d’origine sur le papier. Etrange.

De la pochette au moindre de ses morceaux, Thru est une contradiction à lui tout seul.


Mais parce l’extrême qualité de Thru émane d’un disque profondément incomplet, il en est en tout point marquant, et à ne surtout pas ignorer, pour les amateurs du genre.















13 titres – Mush Records
Dat’











  1. ultraspank Says:

    moi qui croyait etre le seul au monde a connaitre et etre raide dingue de Lab Waste (zwarte achtegrond)!!!
    bon on est deux maintenant, tâchons d’evangéliser les kids qui achetent du kanye truc! 😉
    toujours du bon boulot tes chroniques. elles donnent envie de s’interresser au disque et c’est la qualité principale d’un bon chroniqueur.
    d’ailleurs, tu a penser a posé ta candidature pour travailler chez des mags/webzine? c’est deja le cas si ça se trouve?

  2. Dat' Says:

    Je te confirme que l’on est pas des masses à etre raide dingue et surtout à considerer LabWaste comme de la musique ^^
    Pour le reste, jte bunk…

  3. Gee23 Says:

    J’adore la pochette aussi, je connais pas du tout mais comme le dit ultraspank, ça donne envie et MDR, le “plus de cheveux que tous les Jackosn 5 réunis” ^^

  4. LordMarth Says:

    Hummm miam miam encore du nouveau pour mes oreilles
    Superbement bien écrit je rejoins totalement ultraspank sur son milieu de comm’ mais pourquoi dat ne taffe pas dans un webzine ou mag musical ??? J’ai l’occaz de bouffer pas mal de chroniques de par le web et les tiennes sont largement du niveau.

    Pour revenir à la crocro tu parles de Subtitle…rien à voir avec Subtle ??? Ma culture hip hop mutante est si peu developpée encore :/ (tu me diras tant mieux ^^)

  5. Dat' Says:

    Nop, Subtle est le groupe avec Dose One, Jel and co, Alors que Subtitle est un mec tout seul. (et tres bon.)

  6. LordMarth Says:

    Bon ben c’est un bien belle brochette de morceaux que nous a pondu ce monsieur Beck

    A retenir pour moi les magistrales He’s Back en tête de gondole, Reaching, Yet and Still & Lyrical Gunplay

    Comme tu l’as souligné sa voix le fait grave et on aimerait en entendre plus que ça :p

    Merci en tout cas pour cette nouvelle découverte qui prouve encore une fois encore combien l’univers du hip hop est bien dense et peut aller aux antipodes de son aspérité première

  7. soufieN Says:

    je sais pas si tu en as parler,mais il a gentillement donné un album au site hiphopcore,en téléchargement libre là:

    http://hiphopcore.net/audio/#19

    j’ai écouté et j’ai apprecier.

  8. Dat' Says:

    Ah oui effectivement c’est à noter, j’avais oublié de le preciser, alors que j’en avais l’intention en commencer cet article !

  9. LordMarth Says:

    J’apprecie de plus en plus son Decomposition, c’est grave ??? :nerd:

  10. Dat' Says:

    non, tu aimes juste les trucs super noirs ! ^^

  11. qwelmaker, visiteur Says:

    salut!!
    Je ti1 à te dire que ton blog est géant! Je vi1 de le parcourir en long, en large et en travers et jen sort bi1 satisfait!
    J’ai jamais vu quelqu’un qui me semble aussi caler et trippé (comme moi :p) aussi bi1 en rap plutot perché (Jai apprécié dailleurs tn article sur dalek puis celuici aussi bien entendu…et bi1 dautres),qu’en électro de tous les horizons (notamment japonais) et qui apprécie du rock (comme mike patton ou NIN)…
    Bref j’aimerais vraiment te contacter…
    Jte laisse mon ad msn qwelmaker@hotmail.fr
    Au plaizir, et bravo pr cet investissement 😉

  12. Dat' Says:

    J’utilise Tres Tres peu Msn, mais pas de probleme.

    Tu peux plutot utiliser les commentaires comme simili “forum” aussi, sur certains articles c’est parti un peu dans ce sens… ^^

  13. Don Tigert Says:

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    Don Tigert https://goo.gl/Qqacun

  14. hermes birkin Says:

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